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Récit libre d'une intellectuelle délurée : impulsion posée (fr)

Ceci n'est pas un article de blog scientifique. Juste une impulsion, une envie d'écrire et de poser à plat ce qui me trotte dans la tête durant la période estivale 2019. Le mois d'Août étant encore un rare moment où la frénésie productiviste se ralentit. Savourons le !

Published onAug 15, 2019
Récit libre d'une intellectuelle délurée : impulsion posée (fr)
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Souvenirs, souvenirs (facebookiens...)

Facebook et ses stratégies marketing cognitives et émotionnelles (souvenirs et storytelling) me rappelaient récemment qu'il y a 6 ans je m'envolais pour la Californie. L'aventure HackYourPhD aux States commencait soit un voyage de deux mois à la rencontre de personnes impliquées dans l'open science, le make et le hack.

À ce moment (2013), je venais tout juste de quitter mon emploi de community manager d'un réseau social scientifique (MyScienceWork). Avec Guillaume Dumas, nous avions été happés par la dynamique HackYourPhD. Tout était allé très vite un TedX, une campagne de financement participatif (crowdfunding), et le début du tour des États-Unis pour mieux comprendre ce que l'open science signifiait et comment elle prenait vie dans la culture nord-américaine (à ce propos le livre que nous avons publié est ici).

Le voyage et les six années qui ont suivies ont été riche d'apprentissage, de rencontres, de projets, d'itérations, d'adaptation, d'une dynamique collective toujours enrichissante, surprenante et touchante par les chemins détournés que prennent certaines idées avant de se concrétiser.

D'un point de vue plus personnel, les six années représentent le plus grand « hack » que j'ai eu à expérimenter : celui de mes propres schémas de pensées, de par les déconstructions que mon engagement dans une thèse sur l'open science m'a amenées à opérer. D'une posture activiste dans l'open, le doctorat réalisé en quatre ans a été un détricotage de mes propres certitudes et une plongée dans les sciences humaines et sociales. Une plongée déstabilisante mais ô combien enrichissante car elle a oeuvré au développement d'une pensée critique tout autant qu'une assise dans mon positionnement de chercheuse. Mais que faire de tout cela aujourd'hui dans une période de post-thèse sans être toute fois post-doctorante ?^[1]

La période post-thèse : atterrissage et « lost in translation »

Il y a un an, j'étais sur la dernière ligne droite de rédaction de mon volumineux manuscrit de près de 500 Pages. Si vous souhaitez le consulter c'est ici

Aujourd'hui, je pense conclure un lost in translation de près de 10 mois qui décrit bien le moment latent d'après-thèse.

Il a fallu tout d'abord... dormir, tomber malade, lire des romans, ne plus savoir où aller, voir avec un pincement au coeur la vie qui avait poursuivi son cours (des mariages, des bébés..).

lost in translation_fair use

Il a fallu accepter un sentiment de désoeuvrement, tatôner sur la suite avec la sensation familière (car déjà expérimentée en fin de master) d'un décalage entre mes idéaux de la recherche et la réalité d'un système universitaire qui me parait « marcher sur la tête ». Si à la fin du Master 2 (ENS/UPMC), je n'avais pas continué en thèse car les conditions du doctorat (hiérarchie) et la compétitivité (publish or perish) me paraissaient aberrants. En cette fin de thèse, le même constat me prend à la gorge. Pour cette raison je n'ai pas souhaité passer la qualification et tenter d'être maitresse de conférence, malgré des recommendations m'invitant à aller dans ce sens. Les conseils mettaient en avant (et à juste titre) la sécurité, la liberté (encore présente) dans ce metier et aussi la possibilité de changer la situation de l'intérieur.^[2]

Mais c'est bien sur ce point où j'emets quelques rétissences : soit me satisfaire individuellement des avantages restants sans tâcher de trouver d'autres alternatives. Je ne remets pas en cause la nécessité de faire partie du système pour le changer de l'intérieur tout autant que le courage nécessaire pour le faire. Je sais que les désillusions et les petits combats font partie du quotidien de celles et ceux qui ont fait ce choix. J'ai autour de moi plusieurs personnes qui ilustrent parfaitement la démarche difficile d'instiller une culture différente de la recherche aux étudiant.e.s, doctorant.e.s (plus humaine, réflexive et respectueuse du travail de chacun.e et de la diversité nécessaire au sein de ces milieux). Mais pour ma part et à l'heure d'aujourd'hui (cela changera peut-être en fonction de mes priorités de vie ?), mes terrains de recherche se font à la croisée entre différents mondes (entreprenariat, ESR, implications associatives) avec d'autres projets et directions qui se dessinent.

Aujourd'hui, ces projets répondent à la fois à une volonté de mettre en pratique les connaissances théoriques acquises depuis 6 ans et retrouver une posture de « praticienne-chercheuse » (mise de côté lors de mon doctorat). Il sont associés aussi à ce besoin de réapprendre à laisser du vide de l'espace, retrouver un équilibre une simplicité et n'avoir plus l'épée de Damoclès de la thèse avec cette phrase visant à l'obsession "il faut que tu rédiges"...

Mais sous quel format partager ? Quelle tonalité donnée à mes propos ? Comment rendre accessible un contenu dense et spécialisé ? Ce sont les questions que je me pose actuellement (cf. billet ).

Post-thèse et partage de connaissances : écrire mais sous quelles formes ?

Après un an et demi de rédaction quotidienne, les premiers mois qui ont suivi la soutenance se sont accompagnés d'un dégoût pour tous travaux d'écriture et encore plus de rédaction d'articles académiques (pas encore dépassé je l'avoue). Mais petit à petit,le besoin de poser les idées, de retrouver un état d'attention, de flow présente dans l'écriture m'a manqué. J'ai ressenti au fond du ventre une pulsion d'écriture. Premièrement, pour des raisons personnelles avec la nécessité de poser à plat mes pensées, retrouver l'ancrage que donne l'écriture, si douloureux au départ mais que j'avais réussi à dompter comme je le décrivais ici :

Extrait d’un Tumblr

Les raisons sont aussi collectives, politiques et engagées : celle de partager une analyse et ma compréhension du fonctionnement de l'ESR (Enseignement Supérieur et Recherche) tout en ayant bien conscience de la « non-généralisation» possible lié à la micro-niche que j'ai analysée dans une approche compréhensive. Je serai heureuse si cela favorise certain.e.s à prendre un peu de recul sur le cadre économique, institutionnel dans lequel la "Science" s'intègre (concept de régime des savoirs). Il s'agit aussi d'un positionnement engagé afin de souligner des réenclossures et cristallisation qui se trament sous le vocable d'open science.^[3]

Je souhaiterais ainsi me laisser surprendre et cette fois-ci comme revanche par rapport à mon doctorat, me donner le droit de créer, partager avec beaucoup plus de légerté, de simplicité les points essentiels que j'ai souhaité éclairer.

Est-ce que je diffuserai ces lignes ? Je ne sais pas, est-ce que cela donnera lieu à un livre, le manuel d'auto-défense académique, que j'aimerais tellement voir émerger, aucune idée... Ces écrits seront sous le signe de la spontanéité, d'une mise à nue très certainement que j'ai dû contenir si violemment ces derniers années par un canon académique que je me suis imposée. Besoin de reconnaissance, de faire partie d'un monde universitaire, de faire mes preuves ?

Alors ces écrits seront je l'espère à la hauteur des deux qualificatifs me décrivant le mieux selon une de mes amies les plus proches en ce début d'été : intellectuel et déluré. Ce sera donc le récit d'une intellectuelle délurée en quête de sens, de joie, de bienveillance dans l'émergence, l'hybridation et la polenisation des savoirs.


[^1] :Pour les personnes qui ne connaissent, pas le statut de « post-doctorat» , il s'agit d'un contrat de recherche de quelques mois à quelques années en attendant le saint-graal d'un emploi permanent (maître.sse de conférence dans une université, direct.eur/rice de recherche ou ingénieur.e de recherche dans des instituts de recherche). Ces postes permanents se font rares et la recherche professionnelle a tendance à fonctionner dores et déjà en mode « projet » (financement sur quelques années avec la budgétisation descontrats post-doctoraux). Beaucoup de post-docs après après avoir enchainé plusieurs années des contrats se décident avec une amertume plus ou moins grande à passer à autre chose (emploi de soutien à la recherche, métier dans le privé ou création d'entreprise...)

[^2] : À ce propose j'ai particulièrement aimé cette série de tweets mentionnant les avantages et désavantages d'être statutaire au sein de l'ESR (Enseignement Supérieur et Recherche).[^3] : Peut-on parler de lanceur d'alerte dans ce cas-là ? Un meta lanceur d'alerte ? :p

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