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Chapitre 2 - Dans le domaine scientifique : un régime des savoirs en action ?

Ce chapitre déconstruit l'idée d'une Science stable et unifiée en s'appuyant sur des travaux en STS et le concept de régime de savoirs. La problématique est présentée soit questionner l'influence des propres conceptions des chercheurs dans la reconfiguration de ce régime.

Published onAug 22, 2019
Chapitre 2 - Dans le domaine scientifique : un régime des savoirs en action ?
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2-1 Régime des savoirs : un regard sur les sciences et les technologies en société

Ce chapitre va présenter le domaine d’étude spécifique de cette recherche, soit celui de la production des savoirs, de son contexte et de ses évolutions. Pour cela, je m’appuie sur des travaux issus des STS (Science & Technology Studies) traduits aussi en français par « Science, Technologies et Sociétés »[1], afin de montrer que la ‘Science’ est loin d’être une entité stable et qu’elle constitue une activité humaine et sociale qui s’intègre dans un contexte sociohistorique donné. Dans cette perspective, la ‘Science’ n’est pas extérieure à la société, comme ont pu le penser de nombreux observateurs qui la voient comme une pratique autonome. Elle n’est pas située dans un rapport « Science et Société » mais représente une « Science en société »[2]. Cette distinction permet de prendre en considération que, « comme toute activité humaine, ses méthodes, normes de preuves, pratiques, valeurs et objets ont changé au cours du temps en co-évoluant avec les autres secteurs de la société (culture, économie…) »[3]. Mais avant de détailler certaines co-évolutions des dernières décennies, quelques considérations préliminaires sont nécessaires sur l’usage même de l’expression la ‘Science’.

2-1-1 Considération préliminaire : de ‘la Science’ aux sciences

Comme première prise de recul, il est important de noter que l’emploi du terme ‘la Science’ ne remonte qu’au début du 19ème siècle. Avant cela, l’expression « philosophie naturelle » était employée. Cette notion ne faisait pas de distinction disciplinaire et pouvait aussi bien désigner le droit que l’astronomie. Comme le rappelle Guillaume Carnino, ‘la Science’ n’a pas toujours été associée à « un corpus méthodique et unifié de pratiques de savoir à visée universelle »[4]. Le passage de la notion de « philosophie naturelle » à « science moderne » s’est opéré lorsque les savoirs scientifiques ont été associés à un discours de vérité et sont devenus un instrument majeur de l’organisation de la vie sociale, ainsi qu’un mode d’action efficace sur le monde. Les modes de gouvernance et les sciences ont alors été inextricablement reliés, car ces dernières fournissent des modes opérationnels de compréhension du monde, de la nature et de la société tout autant que des outils d’observation, de calcul, de modélisation et de prévision. Au 18ème siècle, l’émergence du contexte libéral (centré sur l’individu) et l’affaiblissement du contrôle disciplinaire et despotique de la population ont amené ‘la Science’ à devenir un soutien à la décision par la légitimité de ses savoirs et la certitude des faits qu’elle apporte. Le savant est quant à lui devenu le « spécialiste du bien public »[5].

Au 19ème siècle, le discours sur les rapports entre science, progrès et avancement de la société s’est tissé dans un contexte d’industrialisation. Dans la seconde moitié du 19ème siècle, la « science positive » et expérimentale est devenue le terreau de l’industrie, devenant un ensemble de principes reposant sur des faits formalisant le réel par le biais notamment du développement des techniques. Le changement du sens donné au terme « technologies » est à ce sujet notoire. De « discours sur la technique », les technologies sont devenues les techniques produites par ‘la Science’ (science industrielle puis technosciences). Le rôle des techniques dans ce contexte a été relégué au second plan, derrière la mise en avant des idées[6]. Il a fallu attendre ces récentes décennies pour considérer de nouveau le rôle central des techniques/technologies et leurs influences.

Ce bref retour sur l’émergence même du concept de ‘Science’ avait pour but d’en montrer les multiples facettes. D’une ‘Science’ toute puissante au service du progrès, à des sciences critiquées et critiquables et participant à co-construire l’ordre social dans nos sociétés contemporaines, diverses images de ‘la Science’ ont été véhiculées au fil des siècles. Un ensemble de travaux en STS, détaillés ci-dessous, s’attachent à interroger l’équipement des pratiques de production des savoirs par les technologies et à saisir son influence sur les modalités de gouvernance. Pour cela, les études prennent en considération les problématiques sociales, économiques et politiques rencontrées dans les différents contextes dans lesquels ces activités scientifiques se déploient. Mais la perspective de recherche peut également être inversée : l’étude, non pas des pratiques et de leur équipement, mais des discours sur les sciences et les imaginaires qui y sont associés peut donner un aperçu des enjeux et problématiques majeures sociales, économiques et politiques dans notre société contemporaine en lien avec les technologies numériques. Et c’est une problématique à laquelle le concept de régimes de savoirs aide à répondre.

2-1-2 L’étude du régime des savoirs et de ses évolutions

Régime des savoirs : définition

Le concept de régime des savoirs a pour avantage de mettre en lumière les jeux d’interactions et d’arrangements multiples et complexes qui sous-tendent les modes de production des savoirs mais aussi leur valorisation et diffusion. La notion de régime des savoirs est une aide pour penser les sciences, la recherche et ses évolutions dans un contexte sociohistorique donné. Dominique Pestre en propose une première définition dans l’ouvrage Science, argent et politique : un essai d’interprétation[7].

Un régime des savoirs est considéré comme :

un ensemble très vaste de relations qui impliquent des productions de tous ordres (écrits, résultats, techniques) ; des pratiques (instrumentales, calculatoires, de simulation) ; des valeurs et des normes (épistémologiques, morales, comportementales) ; des réalités institutionnelles variées (laboratoire, « start-up », écoles d’ingénieurs) ; des modes d’insertion politique et de sociabilités (salons, groupes d’amateurs, sociétés professionnelles) ; des réalités économiques et juridiques (modes d’appropriation, financements, règles de propriété industrielles). [Et aussi] un assemblage d’institutions et de croyances, de pratiques et de régulations politiques et économiques qui délimitent la place et le mode d’être des sciences.[8]

Comme je l’ai précisé précédemment, un régime des savoirs a aussi toute son importance en tant que producteur d’une épistémè[9] qui modèle l’organisation sociale et politique de nos sociétés. Florence Piron mentionne également qu’un régime des savoirs produit un discours normatif qui a la capacité de dire « ce qu’est la « bonne science », c’est-à-dire la science légitime et acceptable »[10]. Or, ce régime des savoirs est loin d’être une entité stable. C’est pour cette raison que ce terme a aussi été employé au pluriel, afin d’insister sur le fait qu’une diversité de régimes peuvent co-exister mais également se succéder au fil des siècles.

L’étude du régime des savoirs au fil des siècles

Des travaux en histoire des sciences se sont attelés à distinguer la succession de différents régimes de savoir afin de remettre en contexte la production des connaissances en fonction d’éléments économiques, institutionnels et politiques majeurs. On peut noter en ce sens la parution des trois tomes (2015) de Histoire des sciences et des savoirs, couvrant les cinq derniers siècles[11]. Les travaux des nombreux chercheurs et chercheuses regroupés dans ces volumes aident à saisir l’histoire des sciences et des techniques au fil de trois grandes périodes : la genèse de la science moderne, son essor de 1770 à 1914 puis l’émergence des technosciences de la Première guerre mondiale à nos jours. Ces écrits montrent bien la diversité des représentations de la figure du chercheur, savant, scientifique, entrepreneur et comment les sciences et les techniques s’inscrivent dans des cultures, mais aussi des rationalités, des sensibilités et des formes de gouvernement propres à chaque époque[12]. Cette périodisation générale aide à faire ressortir quelques éléments saillants de ces régimes successifs et donne ainsi un aperçu du contexte économique, politique, institutionnel qui participe à lui donner sa forme. Mais il est important également de ne pas oublier que les évolutions de ces régimes sont le jeu de différents compromis entre plusieurs acteurs qui peuvent être renégociés pour aboutir à diverses évolutions de ce qui est considéré comme la ‘Science’ à une époque donnée[13].

Ce sont ces deux aspects qui sont abordés dans la suite de ce chapitre mais aussi tout au long de cette thèse. Je vais donner tout d’abord quelques points de repères historiques sur de grands régimes de savoirs dominants à une époque donnée en me restreignant cependant à quelques décennies. Je n’aborde que la période s’étendant des Trente Glorieuses (après la seconde Guerre mondiale) à aujourd’hui avec l’émergence de termes tels que e-Science ou « science 2.0 ». La seconde section vise à questionner l’émergence d’un nouveau régime de l’open en sciences, en étudiant plus en détail les dynamiques de la mise en œuvre de ces régimes. Pour cela, je m’appuie sur une critique de Pestre adressée au livre The New production of Knowledge[14]. Dans ce dernier ouvrage, l’auteur Michael Gibbons décrit l’émergence d’un mode 2 collaboratif de la science contemporaine qui succèderait à un mode 1[15]. Cette approche est remise en cause par Pestre qui voit plutôt l’imbrication de ces différentes modes à une même époque. Ce dernier point me permet d’avancer ma problématique à savoir celle de questionner les différentes conceptions du régime des savoirs qui sont mobilisées aujourd’hui avec la formule open et les reconfigurations actuelles qu’elles opèrent sur l’« esprit »[16] du régime contemporain des savoirs.


Régime des savoirs ou régimes des savoirs ?

La suite de ce chapitre va présenter différents régimes des savoirs. Mais devrait-on parler d’un régime des savoirs aux différentes formes ou bien de différents régimes des savoirs ? Cela représente un questionnement clef de mon travail auquel je réponds plus loin en faisant la distinction entre trois éléments :

- Les conceptions du régime des savoirs, soit « ce qui devrait être » le régime des savoirs, sont diverses et font l’objet de débats ;

- un esprit du régime des savoirs, ce qui est considéré comme « ce qui est » et « ce qui vaut » à une époque et devient la justification dominante par son ancrage dans des dispositifs juridiques et économiques ;

- « ce qui est », c’est-à-dire les réalités économiques, politiques et sociales dans un contexte et une époque donnée.

L’enjeu final de ma recherche est de comprendre l’articulation entre ces différents éléments et de donner une interprétation à la reconfiguration du régime des savoirs actuel en analysant tout d’abord les dynamiques de reconfiguration des conceptions de ce que devraient être ce régime et « son esprit ». Ces distinctions et définitions sont le résultat même de ma recherche appuyée par une démarche par théorisation ancrée (présentée par la suite). Ce chapitre introductif, à dimension historique, a pour objet d’apporter des clefs de compréhension globale quant aux grandes distinctions que l’on peut lire dans ce régime pour faciliter par la suite la compréhension de l’analyse qui a été menée.


2-2 Big Science, technosciences : quelques repères historiques sur des régimes des savoirs dominants

Dans la première section de ce chapitre, je commence par un bref rappel historique des évolutions majeures du régime des savoirs depuis 1945 en France. Cet exercice consiste à dessiner de grandes lignes directrices tout en ayant conscience d’aplanir les réalités des situations de chaque époque dont la diversité sera montrée autour du terrain d’étude de la consultation République numérique. Trois grandes périodes sont analysées : un premier temps est consacré au discours sur la Big Science, associée aux Trente Glorieuses, suivie de l’émergence d’une période de critiques dans les années 68 et post 68. Un deuxième temps concerne le développement des technosciences dans un contexte qualifié de néolibéral. Puis en dernier, quelques éléments sont détaillés sur l’émergence d’une open science dans le contexte numérique actuel.

2-2-1. Discours sur la Big Science : régime des savoirs en contexte industriel

Un trio Science-État-Industrie et un savoir scientifique non contesté

À partir de 1945, le trio Science-État-Industrie devient un élément majeur de gouvernance car elle aide dans le cadre d’un État-Providence à mettre en place l’action publique et le redressement de la France. Mathieu Quet[17], dans sa thèse, propose une description détaillée de la période de « néo-colbertisme » associée à la Big Science. Ces années sont marquées par la création et le développement des grands instituts de recherche tels que le CNRS, l’INRIA et l’INSERM[18], ce qui se traduit également par la professionnalisation du métier de chercheur. Les instituts de recherche participent ainsi à constituer ce que l’on appelle par la suite un « système de recherche et d’innovation » afin de désigner le tissu institutionnel scientifique et industriel participant à la production des connaissances scientifiques[19]. À cette époque, ‘la Science’ est vue comme un vecteur d’efficience dans un contexte industriel et une économie nationale. Elle devient alors un domaine dont l’efficacité et la croissance peuvent être mesurées. Les sciences sociales sont également considérées comme un appui potentiel à l’action publique avec le développement de la futurologie[20]. Le rapport Science et Société, même si l’emploi de ce terme est un anachronisme pour l’époque, consiste en une vulgarisation des sciences[21] où les savoirs scientifiques représentent le discours de vérité principal. Cette activité logo-théorique fonctionne, ainsi que le rappelle Xavier Guchet, comme un principe d’autorité qui n’admet aucune controverse[22]. Dans le contexte industriel de ces décennies, la figure du chercheur entrepreneur se développe tout en se mêlant dans l’imaginaire social à celles du savant solitaire et d’une science autonome.

L’image d’une science autonome nourrit par ses penseurs

Malgré le contexte industriel dans lequel s’insère l’activité scientifique, ‘la Science’ est associée et décrite par les chercheurs eux-mêmes comme une activité autonome. Les philosophes des sciences de cette époque (par exemple Gaston Bachelard) mais aussi d’autres chercheurs associés par la suite à la sociologie des sciences participent à la construction de cette image. Les premiers travaux en sociologie des sciences étudient notamment l’organisation sociale des communautés scientifiques, « leurs structures normatives ou encore l’émergence des spécialités et des disciplines au sein des réseaux scientifiques »[23]. Aux États-Unis, les travaux de Robert Merton sur la constitution des communautés scientifiques en tant qu’institution marquent également cette période. En 1942, le chercheur propose quatre normes en science formant l’ethos scientifique garant de la validité des connaissances dans une communauté scientifique. Cet ethos se base sur quatre principes : le communalisme, l’universalisme, le désintéressement et le scepticisme organisé (CUDOS)[24]. Le communalisme repose sur l’idée de la libre circulation des connaissances, conçues comme un bien public. L’universalisme ne signifie pas une science universelle mais plutôt le rejet de toute prise en considération de facteurs sociaux ou personnels pour juger de la validité des faits. Le désintéressement insiste sur le fait que l’évaluation des connaissances se base sur la validité scientifique des travaux avant tout autre intérêt. Le scepticisme organisé est quant à lui associé à la notion de décision prise par un collectif de pairs. Cet ethos met ainsi en avant l’image d’une communauté autonome de scientifiques qui jugent collectivement de la qualité des faits pour le bien public et sans aucune perversion possible par des facteurs extérieurs. La démarcation de l’activité scientifique du reste du « monde » est une des représentations majeures véhiculées par les propos de philosophes des sciences eux-mêmes nourris par leur propre conception politique. Dans un article, David Hess[25] rappelle ainsi que la pensée sociale libérale de Merton et le contexte politique de la seconde guerre mondiale influencèrent les réflexions du chercheur sur la caractérisation d’une science autonome. Concernant les sciences sociales, le livre de Norbert Elias Engagement et distanciation : contributions à la sociologie de la connaissance peut aussi être parcouru avec la même grille de lecture[26]. Ses propos sont grandement marqués par le contexte de la Seconde guerre mondiale et de la guerre froide et l’amènent à proposer une théorie de la connaissance en sciences sociales selon laquelle tout affect est considéré comme négatif à la construction de savoirs en sciences sociales et une distanciation est jugée nécessaire afin de faire passer les disciplines sociales d’un stade pré-scientifique à un stade scientifique.


Big Science : quelques caractéristiques clefs

- Époque : 1945-Fin des années 60

- Contexte industriel et développement des grands instituts de recherche

- État-planificateur et gouvernance soutenue par les instruments comptables

- Chercheur-entrepreneur au service de la modernisation mais aussi chercheur-autonome au service du progrès.


Or, l’image de la science autonome au service de la modernisation du pays et du progrès dans le contexte industriel de l’époque fut progressivement associée à un ensemble de critiques : Technocratie grandissante, suprématie de l’expert ou encore premiers questionnements sur un épuisement écologique. Elles prirent toute leur force à la fin des années 60 et dans les années post 68[27].

2-2-2 Participation, sciences et société : un temps de critiques

Le régime des savoirs dans un contexte industriel prédominant fit bientôt l’objet d’un ensemble de contestations. Les problématiques environnementales (OGM, nucléaire, croissance, etc.) signèrent le début d’un climat de méfiance et de défiance envers ‘la Science’. Les chercheurs eux-mêmes firent part de leurs doutes et s’exprimèrent dans des journaux qu’ils développaient (comme LaboContestations et Survivre). Le mythe de la nécessité d’une science autonome s’estompait et la participation devint alors une thématique majeure discutée par différentes parties prenantes. Quet rappelle que trois façons différentes de penser la participation se rencontrent : une participation des individus à ‘la Science’ dans un objectif d’émancipation (pôle militant et autocritique des sciences), une participation comme outil d’évaluation et instrument de gouvernement (pôle technocratique), et une nouvelle vision de la science comme celle d’une « pratique socialement diffuse et ouverte » (pôle académique)[28]. Dans ce contexte, une perspective théorique critique se développa de la part de figures intellectuelles à propos de la production des savoirs et de leurs rôles dans les instances de gouvernance. On peut citer par exemple les travaux de Michel Foucault sur les notions de savoir/pouvoir, de biopolitique et plus tard de néolibéralisme, ou encore les réflexions critiques et/ou réflexives sur la technique (Jacques Ellul, Gilbert Simondon, etc.). Ces idées reflètent une prise de conscience de l’importance des sciences et techniques dans l’ordre social et politique et plus spécifiquement de leur influence dans des rapports sociaux de domination. En plus de cette approche critique, les années 1970 virent aussi l’émergence des champs de recherche science/société et d’un tournant pragmatique et constructiviste en sciences sociales. Ces dernières opèrèrent un pas de côté par rapport aux approches critiques et proposèrent de « prendre au sérieux » le jeu des interactions entre individus dans la construction du social. Elles s’accompagnèrent d’une approche empirique et compréhensive afin de mieux saisir les pratiques des acteurs[29].

Le tournant pragmatique et constructiviste en sociologie et STS (années 1970-1980)

Plusieurs programmes de recherche se mirent en place dans les années 1970-1980 afin d’étudier les enjeux entre sciences et société. Le premier programme Science Technology and Society fut mis en place aux États-Unis en 1969[30]. En France, le CNAM (Conservatoire national des arts et métiers) accueillit un nouveau centre de recherche et de formation « Sciences, Technologies et Société » sous la responsabilité de Jean-Jacques Salomon et d’enseignants tels que Bruno Latour. Les travaux portaient alors sur les processus sociaux et techniques de la production des connaissances scientifiques. L’objectif était de comprendre la façon dont les connaissances sont créées, « bricolées » expérimentalement. Pour ce courant, toutes les connaissances sont dignes d’être étudiées, qu’elles soient considérées comme vraies ou fausses (principe de symétrie). Il s’agit alors de comprendre les négociations mises en œuvre pour l’acceptation d’une nouvelle connaissance et les consensus proposés pour parvenir à l’idée d’une vérité[31]. Le strong program ou « programme fort » initié par des chercheurs de l’Université d’Edinburgh fut l’un des premiers courants de cette approche. David Bloor, une des figures de cette école, considère la connaissance « comme une croyance, tout comme n’importe quelle autre croyance sociale »[32]. Afin d’étudier les interactions entre les chercheurs qui participent à la construction des connaissances scientifiques, les analyses s’appuient sur des méthodes ethnographiques et anthropologiques donnant naissance au champ des études de laboratoires[33]. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, de nombreuses enquêtes sont ainsi réalisées. Les plus connues sont La vie de Laboratoire[34] ou encore The Manufacture of Knowledge : An Essay in the Constructivist and Contextual Nature of Science[35]. Avec cette perspective plutôt centrée sur les scientifiques et le « microcosme » du laboratoire, les contextes politiques et économiques dans lesquels les sciences prennent forme sont plus ou moins mis entre parenthèses, car trop évocateurs des clivages habituels de la sociologie. Or, les années 1980 associées à un contexte économique en transition, virent cette thématique de nouveau abordée avec les technosciences.

2-2-3 L’ère des technosciences : l’émergence d’une pensée néolibérale (années 1980-…)

Depuis les années 1980, nous serions entrés dans une nouvelle ère, celle des technosciences. Ce terme, employé par la communauté de chercheurs plutôt que par le « grand public », revêt différentes significations. Guchet, dans un article retraçant l’émergence du concept[36], rappelle qu’il a été employé dans les années 1970 pour se dissocier d’autres approches en philosophie des sciences. Le terme de technosciences est un moyen d’insister sur l’importance de considérer les dispositifs et les techniques dans une science considérée souvent comme éthérée (le monde des idées). Si la culture matérielle des sciences a été explorée à l’image des approches ethnographiques citées précédemment, la notion de technosciences tend à rappeler le contexte techno-industriel et de plus en plus marchand dans lequel la production scientifique s’insère. Le livre de Bernadette Bensaude-Vincent[37] Les vertiges de la technoscience participe à véhiculer l’idée d’un changement de régime des savoirs dictés par le « monde des affaires ». Néanmoins, plus qu’une dépendance au contexte économique, l’emploi de ce terme tend à souligner l’émergence de nouveaux enjeux de gouvernance et d’organisation sociale. Comme le mentionnent Bonneuil et Joly, les technosciences signalent le passage d’une instrumentation du contrôle de la nature à une instrumentation « de la maîtrise sociale. »[38]

Contexte néolibéral et nouvelles modalités gestionnaires

L’ère des technosciences est souvent associée au développement d’une pensée « néolibérale », un concept flottant qui peut désigner aussi bien une économie, une idéologie qu’un mode de gouvernance[39]. Même si cette notion évolue et fait l’objet de débats, son usage met en lumière un mode de gestion et de gouvernance où les technosciences jouent un rôle central. Le néolibéralisme est employé entre autres pour désigner un pilotage d’ordre marchand où les économies nationales laissent la place à une économie-marché mondiale et à la finance internationale. Les savoirs scientifiques ont également un rôle dans ce contexte. Les modélisations issues des sciences économiques jouent par exemple une fonction performative pour comprendre le marché financier mondialisé[40]. Le néolibéralisme s’articule aussi avec une économie politique des savoirs où la propriété intellectuelle permet de réguler l’accès à ces biens[41]. Le brevet a un rôle majeur dans la valorisation des connaissances pour les instituts de recherche[42]. En terme organisationnel, les travaux de Luc Boltanski et Ève Chiapello, que je détaille plus longuement dans le troisième chapitre, notent le développement de nouveaux modes de management dans les années 1990[43]. Ces techniques de gestion se caractérisent par une organisation pensée sous forme d’un réseau d’acteurs mobilisables et modelables au gré de projets[44]. Dans cette mouvance, la gouvernance publique voit le passage d’un État-planificateur à des modèles plus souples (nouveau management public)[45] dans lesquels les indicateurs et les classements deviennent des techniques de gouvernement des actions aussi bien individuelles que collectives. Le pilotage de ‘la Science’ devenue « Recherche et Innovation » est également en prise à ce propre mode de fonctionnement[46]. L’innovation remplace la notion de progrès et l’autonomie des établissements de recherche et d’enseignement en font des instituts responsables mais évalués tout comme les personnels des organisations. La bibliométrie et la mise en place de métriques de la recherche, conçus à la base pour s’orienter dans une information scientifique de plus en plus nombreuse et aider aux achats de revues, deviennent des mesures d’évaluation des chercheurs[47]. Le “publish and perish” (publier ou périr) instaure comme norme scientifique celle de la compétitivité et de la concurrence entre chercheurs[48]. Le financement de la recherche se calque sur une organisation en « projet » dans un contexte national et aussi de plus en plus international avec des instances de gouvernance telles que la commission européenne (programme de recherche européen). Dans ce contexte de plus en plus globalisé, les prises de décisions s’accompagnent également de nouvelles modalités d’arbitrage collectif avec la montée de l’incertitude.

La montée du participatif face à des savoirs scientifiques incertains

La globalisation se traduit par la création d’un réseau d’instances de régulations internationales qui chapeautent par ses directives les actions publiques à l’échelle nationale. Mais de nouvelles organisations issues de la « société civile » (ONG, think tank) viennent revendiquer également une prise en considération de leur demande de participation au débat[49]. On assiste en ce sens aux prémices d’une nouvelle vision de la démocratie basée sur la participation[50]. En France, la Commission nationale du débat public (CNDP) est par exemple créée en 1995 pour traiter de problématiques environnementales. Les questions de gestion des déchets nucléaires, d’installation d’un parc éolien, etc. sont tout autant de sujets débattus par la constitution de « publics » sur un dispositif numérique participatif[51]. Les technosciences apparaissent ainsi au cœur des problématiques débattues en raison des conséquences incertaines des objets qu’elles produisent (OGM, nucléaire). Elles amènent un autre rapport à la prise de décision avec une gouvernance partagée pour gérer ces externalités négatives.

À la suite de cette montée de la responsabilité, une autre représentation des savoirs et des modalités de leur questionnement émerge. J’ai souligné précédemment que la légitimité des savoirs scientifiques avait déjà commencé à être critiquée dès la fin des années 60[52]. Dans les années 1990, la dimension incertaine que revêtent les savoirs scientifiques face aux défis planétaires environnementaux, climatiques, énergétiques, géopolitiques, etc. dessine un mode de questionnement des technosciences permanent sous la forme de controverses sociotechniques. Face à la complexité des phénomènes à l’étude en sciences, une prise de conscience de l’incomplétude des informations s’opère. Les modélisations tendent à rendre compte de situations mais ne sont que des scénarios possibles, à l’instar du futur du climat[53]. Dans la société du risque, comme aime à la définir Ulrich Beck[54], les prises de décisions relèvent d’une dimension subjective en raison des connaissances non stabilisées. Les situations de controverses sociotechniques dépassent les seuls milieux scientifiques et donnent à voir des prises de position publiques et polarisées sur des questions de débat précises et réitérées[55]. Chaque partie prenante, dans cette situation, tend à rendre compte de son expertise par un discours argumenté. Des études indépendantes jouent alors le rôle de contre-pouvoir en remettant en cause les autorités habituelles et les savoirs scientifiques eux-mêmes. Dans cette configuration des échanges[56], le chercheur ou la chercheuse prend aussi parfois le rôle de lanceur d’alerte au sein de ses propres institutions parmi d’autres stakeholders (parties prenantes), en signalant un danger éventuel ou un risque dans l’espace public[57]. Les savoirs technoscientifiques, en tant qu’éléments clefs disputés au sein de l’espace public, ont ainsi un rôle majeur dans la constitution des processus démocratiques.


Définition d’une controverse (sociotechnique)

J’ai apporté au fur et à mesure de mon enquête un intérêt tout particulier à caractériser différentes configurations des échanges et formes de désaccords, en m’aidant de la grille de lecture proposée par Francis Chateauraynaud dans l’article « La contrainte argumentative. Les formes de l’argumentation entre cadres délibératifs et puissances d’expression politiques »[58], un point que j’aborde plus en détail dans le chapitre trois. Ce n’est qu’a posteriori , par un retour sur la littérature théorique, que je suis revenue sur les différentes définitions données aux termes « controverse » et « controverse sociotechnique ».

Juliette Rennes dans son article ‪« Les controverses politiques et leurs frontières‪ » distingue différentes formes de contestation (débat, controverse, polémique). Elle définit la controverse « comme étant une confrontation discursive polarisée, argumentée, réitérée et publique »[59]. Elle la distingue d’autres formes de désaccords par sa temporalité. Une controverse se caractérise par une série d’échanges qui vont porter sur une même question et non pas sur un épisode unique. Un autre point important est la polarisation des discours, à la différence d’un débat qui représente certes des échanges argumentés mais sans cette opposition marquée.

Joëlle Le Marec et Igor Babou apportent[60] aussi une nuance intéressante par leur regard réflexif sur l’étude des controverses en sciences humaines et sociales. Ils notent ainsi que l’on est passé d’une conception de la controverse en tant que dispute savante (qui représente une pratique institutionnalisée de la controverse remontant au Moyen Âge) à une controverse sociotechnique qui intègre « quantité de dimensions politiques et culturelles qui participent désormais de la vision des sciences du point de vue des sciences sociales ». Ils soulignent également l’influence des différentes conceptions de l’espace public sur l’étude des controverses.


Technosciences et démocratie

Les questionnements sur les technosciences portent également sur leur rapport au politique et plus spécifiquement aux processus démocratiques. Dans une approche dialogique, la notion de « démocratie technique », employée dans l’ouvrage Agir dans un monde incertain[61] vise à questionner les conditions de dialogue et d’organisation des discussions à mettre en œuvre entre différentes parties prenantes face aux enjeux des sciences et techniques et des incertitudes qu’elles suscitent. Dans une démocratie technique, l’objectif final serait de co-construire de façon collective les prises de décisions par le biais notamment de dispositifs délibératifs et participatifs et la création de « forums hybrides ». Ce mode de démocratie technique représentatif d’une « science en société » serait le but à atteindre. Michel Callon, un des auteurs de l’ouvrage Agir dans un monde incertain, revient sur ce point dans un autre article en détaillant différentes formes de démocratie technique[62] qui co-habiteraient aujourd’hui. Le modèle 1 repose sur la notion d’instruction publique, c’est-à-dire des savoirs apportés par les scientifiques et ne faisant pas l’objet de controverses. Les citoyens, par leur confiance en la science, ne remettent pas dans ce cas en cause ces savoirs. Le modèle 2 quant à lui prend la forme d’un débat public et d’un rapport « Science et Société ». Le savoir scientifique est alors questionné, et cela nécessite d’amener « autour de la table » l’ensemble des publics concernés pour pouvoir débattre de la problématique et trouver une solution légitime. Le troisième modèle serait, quant à lui, l’objectif final à atteindre : une coproduction des savoirs et la vision d’une « science en société »[63]. Cette vision d’une science en société s’est nourrie notamment des théories développées en France en sciences sociales dans les années 1980 avec la sociologie de la traduction et la théorie de l’acteur-réseau.

STS et science en société

En effet, une fois encore, on voit l’inextricable lien entre les réflexions des « penseurs » (intellectuels et scientifiques) et leur influence sur la société et les idées qui s’y développent. L’ère technoscientifique s’accompagne en STS d’un intérêt pour les contextes économiques et politiques dans lesquels les sciences et technologies s’insèrent. La théorie de l’acteur-réseau (Actor-network theory ANT), développée principalement par Madeleine Akrich, Callon et Latour dans les années 1980, apporte une attention toute particulière aux dispositifs techniques. Du rôle prédominant déjà donné aux inscriptions dans la production des savoirs, l’ANT souhaite considérer à part égale à la fois les acteurs humains et non humains et leur intrication dans des réseaux : un réseau d’acteurs et d’actants qui se composent et recomposent sur des espaces différents par un jeu de traduction permanent[64]. Les réflexions théoriques sur la démocratie technique et la création de « forums hybrides » s’accompagnent d’expérimentations avec la mise en place de programmes de recherche à ce sujet.

Un tournant participatif s’amorce aussi à cette période au sein de la recherche avec une prise de conscience de la légitimité d’autres savoirs. À la fin des années 1990, des chercheurs issus des cultural studies et des approches critiques forment une nouvelle branche des STS. Les chercheurs de la « seconde génération », comme les dénomme Hess[65], questionnent les possibilités d’une objectivité et d’une politique de neutralité scientifique et axiologique. En termes de méthodologies, les lieux, tels que les conférences ou les colloques, deviennent des terrains d’investigation et la posture du chercheur de STS peut également être plus engagée et apporter de l’aide à la communauté étudiée. Le terme de « citoyen chercheur » est évoqué dans ce sens[66]. Cette seconde vague des STS et des sciences sociales s’oriente vers des problèmes sociaux (sexe, genre, environnement, etc.), des approches réflexives et proposent également de nouvelles postures épistémologiques[67]. La place des femmes dans la science, mais aussi des minorités sont ainsi prises en considération[68]. C’est aussi l’influence du propre système économique et la montée du néolibéralisme sur les politiques de recherche et les sciences elles-mêmes qui sont questionnées[69]. En France, des programmes de recherche « Sciences Technologies et Société » visent par exemple à développer de manière collective une réflexivité institutionnelle, comme le souligne Joëlle Le Marec, afin de questionner les pratiques de recherche tout en prenant en considération le « cadre politique et administratif qui est lui même un objet de ces transformations. »[70].

L’une des transformations actuelles du cadre politico-institutionnel est associée aux technologies numériques. L’étude des pratiques de recherche aujourd’hui implique de se questionner sur les évolutions actuelles de la production mais aussi de la circulation des savoirs et la participation de communautés élargies avec le développement d’Internet et du Web. C’est ce point que je vais exposer pour conclure ce bref rappel historique des évolutions du régime des savoirs. Dans la section suivante, je présente quelques travaux récents portant sur l’évolution des sciences avec l’usage de plus en plus croissant des technologies numériques en sciences.


Technosciences : quelques caractéristiques clefs

- Époque : 1980-..

- Contexte néolibéral - Economie-marché - Nouveau management public (gestion du risque et de l’incertitude)

- Participation élargie à un nombre croissant de parties-prenantes

- Nouvelles formes de démocratie technique et rapport Science/Société

- Chercheur-critique quant à la production de ses savoirs (lanceur d’alerte, approche réflexive)


2-3 Et désormais : un « nouveau régime de la science et du numérique »[71] ?

L’immersion d’internet, du web et de ce que l’on dénomme aujourd’hui le ‘numérique’ joue un rôle d’amplificateur, d’accélérateur de tendance et participe à reconfigurer les dimensions économiques, sociales et politiques de nos sociétés[72]. Le domaine des sciences et des technologies n’est pas en reste et se retrouve lui-même aux prises à ces transformations. Les technologies numériques (outils informatiques puis Internet et le Web) deviennent le quotidien des milieux scientifiques, universitaires et académiques. Des disciplines, qui ont eux-mêmes participé (et participent encore) au développement de ces dispositifs (mathématiques, informatique, physique, etc.) mais également aux réflexions théoriques et sociales accompagnant leurs usages et leurs déploiements (sciences sociales et humaines). Diverses expressions ont été employées pour désigner les transformations contemporaines des milieux des savoirs: e-science, « science 2.0 », cyberscience, e-research ou encore open science[73].

Afin de détailler quelques spécificités de ces évolutions, je vais me baser sur deux numéros spéciaux francophones de revues en sciences sociales. En 2009, la revue Les cahiers du numérique publie un numéro Communication scientifique les nouveaux enjeux[74], qui souhaite éclairer dix années où « technologies, marché et politiques bouleversent l’évolution de la communication scientifique. »[75] Culture informationnelle, Web 2.0, marché de l’édition ou encore usages des chercheurs des outils 2.0 sont quelques-uns des éléments saillants du dossier. Un autre numéro Sciences.com : libre accès et science ouverte[76] publié en 2010 questionne également les conséquences d’un tel environnement numérique pour les sciences. Là aussi les axes forts concernent « la production et la circulation des savoirs en réseau », les « politiques des savoirs » reconfigurés, et « un marché de la science » en mutation[77]. Les articles de ces deux numéros de revues françaises ne sont qu’une infime partie de la littérature en sciences sociales qui interrogent les transformations du monde scientifique et intellectuel contemporain. Une littérature qui dépasse les sciences sociales puisque les STM (sciences, techniques et médecine) produisent également aujourd’hui une importante littérature sur l’open science. En plus de propos théoriques, les travaux présentés dans les deux numéros des revues s’appuient aussi sur le « propre vécu » des chercheurs que ce soit par leur participation à une plateforme, à un nouveau format de recherche tels que les hackathon ou encore à la création de nouvelles revues scientifiques. Et c’est bien là toutes la difficulté de l’étude des sciences et technologies, car la littérature scientifique est à la fois à considérer comme objet de recherche et à la fois comme aide pour penser ces transformations. Je souligne cette imbrication dans le chapitre trois, ce qui a nécessité de développer une méthodologie spécifique dans ma thèse laissant une grande part à une dimension réflexive. Mais pour l’instant, dans le cadre des propos introductifs de ce chapitre, le but visé est de « camper le décor » et de donner quelques grandes lignes directrices concernant les questions soulevées par le ‘numérique’ dans les domaines scientifiques et académiques contemporains.

2-3-1 D’une « science 2.0 » aux enjeux de l’open en sciences

Un des premiers axes à aborder concerne les liens ténus entre production de savoirs et communication des connaissances. Communiquer les savoirs représente un élément constitutif même de l’activité scientifique. Qui dit communication signifie également publication et ainsi une activité éditoriale et de diffusion des connaissances dont la délégation à « d’autres » a été remis en cause par les chercheurs dans un environnement numérique. Comme le rappelle l’introduction du numéro sur les « sciences.com », science et édition sont consubstantielles et cela depuis le début de la science moderne[78]. Les revues ont ainsi été conçues pour « faire savoir ce qui se dit » et favoriser la diffusion des connaissances en remplaçant les échanges épistolaires mais aussi en étant une alternative plus rapide à la publication d’un livre[79]. En ce sens, le Web 2.0[80] vient transformer les modalités de communication entre chercheurs mais également les possibilités d’échanges et d’auto-publication par les chercheurs eux-mêmes de leurs savoirs dans des revues mais également dans de nouveaux espaces du web social (blogs, réseaux sociaux, etc.)[81]. En se calquant sur le terme Web 2.0, l’expression « science 2.0 » est employée pour désigner les nouvelles modalités de l’activité scientifique (de la production de connaissances à sa diffusion) avec l’usage des technologies numériques. Florence Millerand propose de distinguer trois périodes de la « science 2.0 » en fonction de la nature même des dispositifs créés. Les années 1990-2000 voient émerger le mouvement de l’open access et l’apparition de nouvelles revues scientifiques en ligne mais aussi des archives ouvertes, comme espace d’auto-archivage possible des publications par les chercheurs. Les blogs scientifiques et les carnets de recherche se développent dans les années 2000-2005. Dans les années 2010, les réseaux sociaux scientifiques font leur apparition. Si les premiers (archives, revues) sont en continuité avec des formats « classiques » de la communication scientifique, les autres (blogs, réseaux sociaux) développés à partir des années 2000 se basent sur les spécificités du web social et de ce que Guylaine Beaudry désigne comme une communication scientifique directe[82]. Il s’agit en effet d’espaces en ligne reposant sur une diffusion en accès libre des savoirs et des modes d’échanges plus rapides que l’édition scientifique habituelle. Ils s’accompagnent également d’une dimension collaborative puisqu’il est plus aisé d’écrire, de commenter et d’éditer à plusieurs un même article sur un site web, tout en gardant un historique des modifications apportées. Cette communication repose sur une temporalité tout autre comparée aux revues scientifiques où un temps assez conséquent sépare la production d’un article et sa diffusion dans un journal ou bien sous la forme d’une monographie en sciences humaines et sociales. Cette communication scientifique directe notamment sous la forme de blogs, de carnets de recherche, ou de « wiki » viennent compléter les revues scientifiques car d’une part, ils semblent plus adaptés à la discussion et à la diffusion des résultats de recherche et d’autre part, ils permettent d’ouvrir la recherche à d’autres sphères dans l’optique politique de démocratisation des savoirs. Wikipédia apparaît ainsi souvent comme l’emblème même d’une encyclopédie collaborative où chacun peut contribuer à la diffusion de connaissances. Ces espaces numériques représentent également des lieux d’expression supplémentaires sortant du canon habituel de rédaction des articles scientifiques, qui restent néanmoins un passage obligé face à l’injonction du “publish or perish[83]. L’expression « publier ou périr » est dans ce sens représentatif de la fabrique d’un chercheur-entrepreneur qui doit publier pour être évalué positivement et se faire reconnaître afin d’obtenir des financements, ou pour les jeunes chercheurs afin d’accéder à un poste fixe dans le milieu professionnel de la recherche. Néanmoins, comme le souligne Olivier Le Deuff et Gabriel Gallezot dans leur article « chercheurs 2.0 », le besoin de reconnaissance est toujours présent avec la « science 2.0 » et évolue plutôt de forme[84]. Millerand, en explorant la « science 2.0 » par le biais des imaginaires associés aux réseaux sociaux scientifiques, note qu’il s’agit plutôt de nouvelles manières de rendre visible son savoir. Ceci est bien loin de libérer le scientifique et le transforme en un « chercheur-marketeur de soi-même »[85]. La présence en ligne devient une nouvelle nécessité pour exister dans la sphère académique via les réseaux sociaux et autres plateformes en ligne.

Ces exemples montrent une transformation des pratiques de communication des chercheurs qui sont modelées par les fonctionnalités et caractéristiques sociales du Web 2.0. Les changements sont néanmoins plus globaux et ne concernent pas seulement l’étape de diffusion des connaissances. Chaque étape de la recherche et de la production des savoirs s’en retrouve aussi bousculée avec à la fois de nouveaux terrains d’études numériques, de nouveaux « outils d’observation » mais aussi la participation de « non chercheurs » dans le processus de production des savoirs. Plusieurs études en STS s’intéressent dans ce sens à l’équipement des sciences avec les technologies et les réorganisations du milieu de la recherche tout autant en interne qu’avec d’autres sphères[86].

Comme vu précédemment, ces évolutions d’interactions ne sont pas seulement liées au numérique, la demande d’une prise en considération de l’avis de la « Société » au sein de ‘la Science’ débute dans les années 1970 et se structure par la suite dès le début des années 1990, sous la forme de controverses sociotechniques et l’émergence même de la thématique « Science/Société » au sein des politiques publiques de recherche. Le ‘numérique’ vient renforcer la dimension participative et la revendication d’intégration à la recherche d’autres individus et collectifs. Le domaine biomédical en est l’une des illustrations possibles : des patients souffrant d’une même maladie peuvent par exemple se regrouper et s’organiser en ligne. Les listes de discussions mail sont un moyen pour les membres de ces « collectifs électroniques » de construire leurs propres représentations et discours sur une problématique donnée et devenir une nouvelle figure militante de la santé[87]. L’accès aux résultats scientifiques est une demande de la part d’associations de malades ou de malades eux-mêmes pour mieux comprendre leur propre maladie. La sphère professionnelle de la recherche et médicale se voit également en nécessité de les intégrer dans le processus de recherche et prendre en considération les savoirs apportés par les patients. Un ensemble d’études en sciences sociales porte plus spécifiquement sur la dimension participative et inclusive d’autres savoirs au sein de la recherche dans des domaines tels que la botanique, l’astronomie ou encore les questions écologiques. La notion de « science participative et citoyenne » (citizen science) est aujourd’hui employée pour désigner le développement d’initiatives visant à faciliter un travail en commun entre « chercheurs et non chercheurs ». On peut noter par exemple des plateformes collaboratives de type Zooniverse[88] mais aussi des bases de données au sein de réseaux dans le champ de l’astronomie ou de la botanique et l’intégration à des projets de recherche des « pro-ams » pour pro-amateurs[89]. Ce qualificatif vise à insister sur l’estompement de frontières bien délimitées entre amateurs et professionnels[90] et qui dépasse le seul domaine des sciences avec le web participatif[91].

La dimension participative mais aussi le « pouvoir d’agir » (empowerment) qu’engedrerait le web social donne lieu aussi à de nouvelles modalités de mobilisations citoyennes sur des thématiques scientifiques. Dans cette vague du « co et du faire » décrit dans le premier chapitre, hackers et makers se mettent aussi au service de causes collectives et citoyennes. Ils développent en ce sens des outils open source ou open hardware pour mener des travaux de recherche, dans un esprit du Do It yourself (fais le par toi-même). Que ce soit sous la forme de capteurs, de logiciels d’analyse de données, de dispositifs d’échanges, l’informatique connectée, pour reprendre une expression de Fabien Granjon[92], offre la possibilité pour des groupes en dehors des cercles institutionnels « classiques » de collecter des données mais aussi de les analyser et de proposer leur contre-expertise citoyennes (par exemple dans le cadre de Tchernobyl[93]). Les réseaux sociaux en tant que tel permettent à des collectifs de s’organiser et d’apporter un « contre-cadre » possible jouant sur la dynamique des controverses. De nouveaux espaces physiques se développent pour accueillir un ensemble d’initiatives collectives à la croisée entre sciences, technologies numériques et arts[94]. Cet âge du « co et du faire » en plus d’alternatives citoyennes s’accompagne de l’entrée en jeu de nouveaux acteurs économiques avec des modèles open access/open science, ce qui bouscule les politiques des savoirs. Sujet au cœur même des deux numéros cités.

2-3-2 Open et nouveau régime des savoirs ?

L’évolution des politiques des savoirs avec le ‘numérique’ et l’open est une des thématiques clefs abordée au sein des études en sciences humaines et sociales. Dès les années 2010, l’introduction du numéro « Sciences.com » pose la question de l’open access et de la science ouverte et note la tension entre une science ouverte et une science fermée qui « préfigure sans doute quelque reconfiguration politique en profondeur. »[95] Plusieurs articles de ce numéro portent d’ores et déjà sur l’open access et exposent une diversité d’initiatives. Plusieurs modèles sont présentés avec, par exemple, d’un côté des dépôts institutionnels d’archives ouvertes[96] et de l’autre, une nouvelle édition scientifique avec le modèle de l’‘accès ouvert’[97]. Les études abordent également la question gestionnaire et économique de ces modèles et laissent déjà se dessiner des prises de position disctintes sur la façon de gérer la transition numérique. Dans ce même numéro, la parole est par exemple laissée aux acteurs de l’édition pour exprimer en leur nom propre leur opinion, comme le montre l’encadré du Syndicat national de l’édition[98]. L’ouverture dans ce cas est présentée comme un nouvel équilibre à trouver entre un bien public et un bien marchandisable. Dans ce même numéro, la question de l’open est abordée sous un autre angle. En effet, l’article intitulé « Science commons : nouvelles règles, nouvelles pratiques », donne une autre signification à l’open où il s’agit de considérer les connaissances comme des communs et de partager l’ensemble des résultats de recherche : des logiciels en passant par les données brutes jusqu’aux publications afin de pouvoir suivre et examiner de façon systématique la méthode scientifique employée[99]. Ces quelques exemples ne sont qu’une partie de l’ensemble des discours et de définitions associées à l’open que je détaille par la suite. Mais on y voit déjà certains points saillants évoqués : ouverture de la méthode scientifique, accès aux publications scientifiques pour les chercheurs ou pour l’ensemble de la société, développement de nouveaux dispositifs pour stocker les savoirs et en assurer la pérennité, etc. Cette présentation succincte avait pour but de montrer aussi que les chercheurs sont souvent les principaux investigateurs de nouveaux projets et expérimentations touchant la thématique de l’open. Les revues scientifiques jouent en ce sens le rôle de médias pour présenter leurs projets et ainsi leur propre vision de l’open en sciences.

Au sein des STS, l’analyse des discours sur l’open en science a déjà fait l’objet d’une étude en 2014 avec comme corpus un ensemble d’articles scientifiques ou de blogs(anglophones). Benedict Fecher et Sascha Friesike dans l’article « Open Science: One Term, Five Schools of Thought »[100] présentent différentes écoles de pensées liées à l’open science et considèrent l’expression open science comme un « mot-valise » véhiculant diverses attentes sur le futur de la production des savoirs. Cependant, plus que des attentes, d’autres articles issus de revues académiques invitent à étudier les solutions concrètes qui se dessinent au-delà des discours idéologiques pour instaurer un « nouveau régime de la science et du numérique » comme le souligne cet extrait :

De nouveaux défis sont aussi lancés dans le contexte plus large de l’open sciences (Royal Society, 2012) : données ouvertes de la recherche, analyse des données massives, nouveaux paradigmes scientifiques centrés sur la donnée… Au-delà des visions et des idéologies, ce sont de réelles négociations, de nouvelles traductions qui s’annoncent, au sens de la sociologie de l’innovation de Callon et Latour, dans ce nouveau régime de la science et du numérique.[101]

C’est l’instauration d’un « nouveau régime de la science et du ‘numérique’ »[102] aujourd’hui que je souhaite questionner à travers l’étude des discours sur l’open en sciences. Mais à la différence de cet article « Stratégie, politique et reformulation de l’open access » qui invite à dépasser les visions et les idéologies, tout mon propos par la suite sera d’interroger l’inextricable influence des « visions du monde » sur la façon de penser ‘la Science’ et de produire des savoirs. Il s’agira en effet de montrer que ces « idéaux » ne peuvent se détacher des logiques d’actions des acteurs. Ma recherche vient questionner l’influence même de ces visions portées par les producteurs des savoirs eux-mêmes sur les dynamiques de reconfigurations du régime des savoirs actuellement. Avec le ‘numérique’, assiste-t-on à un nouveau régime de la science comme le propose l’article cité précédemment[103]? Ce nouveau régime viendrait-il faire fi des anciens modes d’organisation dans une recherche désormais open ? Aurait-on ainsi un passage d’un mode 1 à un mode 2 pressenti par Gibbons en 1994 dans son ouvrage The New production of Knowledge[104] ?

Ces questionnements ont été au cœur de ma recherche et ont façonné ma problématique qui prend comme fil directeur l’étude des discours sur l’open. Je peux la formuler ainsi :

En quoi l’étude de l’open en sciences et des significations qui lui sont associées permet de mieux comprendre les reconfigurations actuelles du régime des savoirs avec les technologiques numériques ?

Mais avant de détailler les modalités théoriques et méthodologiques mises en œuvre pour répondre à cette question de recherche, un dernier point nécessite d’être présenté pour conclure ce tour d’horizon des régimes des savoirs. Je finis ce chapitre tel qu’il a commencé, avec les propos de Pestre sur la question de l’évolution des régimes des savoirs.

2-3-3 Observer la diversité des régimes des savoirs en action : l’open en sciences

Comme présenté en début de chapitre, Pestre considère un régime des savoirs comme un arrangement relativement stabilisé qui associe des façons de connaître (des standards de preuve, des formes de validation des connaissances, une hiérarchie des savoirs et des disciplines, etc.) et un ordre politique et social (le rôle de la puissance publique, des formes de gouvernement, une hiérarchie de valeurs, des règles de propriété, etc.). Bien qu’en proposant une vision historique des évolutions du régime des savoirs sur plusieurs siècles, Pestre insiste également sur la coexistence de différents régimes à une époque donnée. Si dans un temps long et historique, le régime des savoirs apparaît stable à l’image de la Big Science ou bien des technosciences, il est aussi possible sur des temps plus courts de s’intéresser à la manière dont le régime des savoirs est façonné et évolue. Les changements de régime, comme le rappelle Pestre, sont le fait d’acteurs nombreux aux intentions multiples dont les objectifs peuvent être divergents[105]. Ainsi un régime des savoirs a une stabilité toute relative et est traversé par un ensemble de dynamiques associé aux lignes dominantes socio-économiques et politiques dans lequel il s’insère. En cela, Pestre s’oppose à l’idée d’un avènement d’un nouveau mode de production des savoirs, un mode 2 proposé par Gibbons dans le livre The New production of Knowledge publié en 1994[106]. Le livre décrit le passage d’un mode 1 « traditionnel et familier » à l’apparition dans les années 1990 de nouvelles façons de produire la science. Le nouveau mode 2 serait transdisciplinaire, associé aux rôles de multiples acteurs dans un ensemble non hiérarchique et basé sur une réflexivité également plus grande. Pestre critique le jugement de valeur que pourrait apporter ce mode 2 comme supérieur à un mode 1. Un jugement qui pourrait également cacher une vision néolibérale, avec un mode dérégulé de ‘la Science’ flexible et autonome. Ce mode (comme je le détaille par la suite) fait indubitablement écho à un « mode projets » et au nouveau management de la science actuel dans une ère des technosciences. Le mode 2 tend aussi à lisser tous rapports hiérarchiques et de pouvoir qui peuvent se jouer. Pestre invite à considérer le régime des savoirs plutôt comme un système de discours mobilisés par les scientifiques pour faire valoir leur propre conception de « ce que devrait être » ‘la Science’ ou plus globalement la production de savoirs validés et reconnus par une communauté organisée d’acteurs (ici les chercheurs). Cette notion de régime fait écho à celle de régime de vérité employé par Foucault et cité en introduction de la première partie.

S’intéresser aux discours sur l’open et aux imaginaires qui les traversent est ainsi une façon d’éclairer sur ce qui est reconnu comme vrai ou faux dans un contexte précis. Dans ce sens, le régime des savoirs doit donc se comprendre non pas comme l’existence d’un régime unique mais plutôt de différents modes de faire et de dire la science qui peuvent s’entremêler même si un cadre dominant ressort à une époque donnée. Les différents modes sont des « espaces sociaux parallèles et souvent inclusifs »[107] qui font l’objet de reconfiguration et de déséquilibre comme le note Pestre dans cet extrait :

Un tel régime est un ensemble de compromis institutionnalisés que les acteurs modifient délibérément ou non. Il relève de logiques multiples aux temporalités propres […] mais qui peuvent subir des retournements massifs.[…] La cohérence systémique n’est donc pas donnée par principe […], elle se gagne ; elle est l’objet de conflits car beaucoup est affaire de choix et de volonté. Sa déstabilisation peut certes relever de tensions « internes au système » mais ce sont plutôt les modifications introduites localement par certains acteurs qui comptent. Ces acteurs peuvent relever de la politique, de la finance, du management, du droit (et bien sûr des potentialités techno-scientifiques), et une altération en tout point de cette nébuleuse peut produire des effets de recomposition globaux.[108]

Cette recherche consiste à étudier le régime des savoirs et ses reconfigurations par le biais des tensions et des conflits que la signification de l’open suscite en sciences aujourd’hui en me limitant néanmoins au contexte précis français.

À la différence de Pestre, mon étude ne questionne pas directement l’existence de plusieurs régimes des savoirs en parallèle. Mon analyse porte sur l’étude des différentes conceptions du régime des savoirs et notamment sur l’apparition d’une conception dominante pour justifier l’engagement dans ‘la Science’ aujourd’hui, soit un esprit en reprenant le vocabulaire employé par Boltanski et Chiapello dans leur ouvrage le Nouvel esprit du capitalisme[109]. Je me suis demandé ainsi quelles étaient les différentes conceptions associées à l’open en sciences et ce qu’elles pouvaient nous apprendre sur l’évolution de cet esprit, prenant le nom de Big Science, de technosciences ou encore d’open science aujourd’hui. La question est de comprendre comment ces conceptions sont véhiculées et comment elles participent à reconfigurer actuellement cet agencement sociétal (autre concept employé par Boltanski et Chiapello) que l’on dénomme ‘la Science’.

En analysant en détail un moment bien spécifique, une épreuve de réalité « équipée » comme je la nomme par la suite, je m’attache à montrer comment les conflits portant sur la définition de l’open et de sa mise en œuvre offrent à voir différentes conceptions du régime des savoirs reposant sur des esprits passés, présents ou bien en constitution de ‘la Science’. Par l’étude du domaine spécifique de la recherche, qui a tout de même la spécificité d’être à la fois producteur de savoirs et de technologies mais aussi de discours sur les connaissances et les technologies, ce sont diverses façons de penser mais également d’agir dans un contexte/monde numérique que l’on voit se dessiner, et qui font écho à d’autres domaines en évolution (éducation, santé, etc.) L’objectif final est de questionner les relations entre nos conceptions, nos actions médiées par les technologies et l’émergence d’une réalité commune, « un ce qui est » à l’apparente stabilité et unité.



[1] En français, l’expression « Sciences, Technologies et Société » est aussi employée pour décrire ce champ d’étude. On peut noter la différence de traduction mettant en avant des recherches portant sur les relations Sciences/Société développées à partir des années 1970/80

[2] Christophe Bonneuil et Pierre-Benoît Joly, « La fabrique conjointe des sciences et des sociétés », Repères, 2013, p. 3‑20

[3] Ibid., p.19

[4] Guillaume Carnino, « Les transformations de la technologie : du discours sur les techniques à la « techno-science », Romantisme, 2010, nᵒˢ 150, p. 75‑84 p.78

[5] Dominique Pestre, « Dix thèses sur les sciences, la recherche scientifique et le monde social, 1945-2010 », Le Mouvement Social, 2010, nᵒˢ 233, p. 13‑29

[6] G. Carnino, « Les transformations de la technologie », art. cit

[7] Dominique Pestre, Science, argent et politique : un essai d’interprétation : une conférence-débat organisée par le groupe Sciences en questions, Paris, INRA, 22 novembre 2001, Versailles, Editions Quae, 2003, 206 p.

[8] Ibid., p.35-36

[9] Michel Foucault, « La Vérité et Les Formes Juridiques- Texte N°139 » dans Dits et Écrits (1954-1988), Tome II : 1976-1988, Paris, Gallimard, 1973, vol. 4/2, p. 538‑646

[10] Florence Piron, « Penser le plagiat pour mettre en lumière le cadre normatif du régime contemporain des savoirs scientifiques », Questions de communication, 2015, n° 27, nᵒˢ 1, p. 217‑231

[11] Dominique Pestre et Stéphane van Damme (eds.), Histoire Des Sciences et Des Savoirs, Paris, Éditions du Seuil, 2015, vol. 3/

[12] Ibid.,

[13] D. Pestre, Science, argent et politique, op. cit p.33-36

[14] Dominique Pestre, « La production des savoirs entre académies et marché - Une relecture historique du livre : « The New Production of Knowledge », édité par M. Gibbons », Revue d’économie industrielle, 1997, vol. 79, nᵒˢ 1, p. 163‑174

[15] Michael Gibbons, The New Production of Knowledge: The Dynamics of Science and Research in Contemporary Societies, Thousand Oaks, Calif, Sage Publications Ltd, 1994

[16] En employant le terme « esprit », je fais référence aux travaux de Luc Boltanski et Ève Chiapello dans leur ouvrage Le nouvel esprit du capitalisme. Par la suite, j’emploie « esprit » sans guillemets. Voir : Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999, 971 p.

[17] Mathieu Quet, Politiques du savoir. Une approche communicationnelle des rapports entre sciences, technologies et participation en France (1968 - 1983), thèse en sciences de l’information et de la communication, École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Paris, 2009

[18] D. Pestre, « Dix thèses sur les sciences, la recherche scientifique et le monde social, 1945-2010 », art. cit

[19] Bruno Latour, Le métier de chercheur. Regard d’un anthropologue, 2e édition revue et corrigée., Versailles, Quae, 2001, 106 p

[20] M. Quet, Politiques du savoir. Une approche communicationnelle des rapports entre sciences, technologies et participation en France (1968 - 1983), op. cit

[21] Xavier Guchet, « Les technosciences : essai de définition », Philonsorbonne, 2011, nᵒˢ 5, p. 83‑95

[22] Ibid.,

[23] T. F. Gieryn, « Science, Sociology Of » dans Neil J. SmelserPaul B. Baltes (ed.), International Encyclopedia of the Social & Behavioral Sciences, Oxford, Donsbach, Wolfgang (ed)., 2008, p. 13692‑13698

[24] Robert Merton, « The Normative Structure of Science (1942) » dans The Sociology of Science: Theoretical and Empirical Investigations., Chicago, University of Chicago Press, 1973, p. 267‑278

[25] David J. Hess, « Neoliberalism and the History of STS Theory: Toward a Reflexive Sociology », Social Epistemology, 2013, vol. 27, nᵒˢ 2, p. 177‑193

[26] Norbert Elias, Engagement et distanciation : contributions à la sociologie de la connaissance, traduit par Michèle Hulin, Paris, Fayard, 1983

[27] M. Quet, Politiques du savoir. Une approche communicationnelle des rapports entre sciences, technologies et participation en France (1968 - 1983), op. cit

[28] Ibid.,

[29] J’aborde plus en détail la notion d’ « approche compréhensive » dans la deuxième partie dédiée aux considérations théoriques et méthodologiques de cette recherche.

[30] C. Bonneuil et P.-B. Joly, « La fabrique conjointe des sciences et des sociétés », art. cit

[31] T.F. Gieryn, « Science, Sociology Of », art. cit

[32] Pablo Kreimer et Adriana Feld, « Sociologie des sciences : divers objets, diverses approches, divers agendas », Sociologies pratiques, 2014, vol. 1, Supplément, p. 137‑149

[33] Lee Kleinman, « Laboratory Studies and the World of the Scientific Lab » dans Blackwell Encyclopedia of Sociology, Blackwell Publishing., Ritzer, George, 2007,

[34] Bruno Latour et Steve Woolgar, La Vie de Laboratoire, Paris, La Découverte, 1988

[35] Karin Knorr Cetina, Epistemic Cultures: How the Sciences Make Knowledge, Cambridge, Harvard University Press, 2009, 358 p

[36] X. Guchet, « Les technosciences », art. cit

[37] Bernadette Bensaude-Vincent, Les Vertiges de La Technoscience, Paris, La Découverte, 2009

[38] C. Bonneuil et P.-B. Joly, « La fabrique conjointe des sciences et des sociétés », art. cit

[39] Dominique Pestre, « 8. Néolibéralisme et Gouvernement. Retour Sur Une Catégorie et Ses Usages » dans Le Gouvernement Des Technosciences : Gouverner Le Progrès et Ses Dégâts Depuis 1945, Paris, La Découverte, 2014,

[40] Fabian Muniesa et Michel Callon, « 8. La performativité des sciences économiques » dans Philippe Steiner (ed.), Traité de sociologie économique, 1. ed., Paris, PUF, 2008,

[41] Yann Moulier Boutang, « Droits de propriété intellectuelle, terra nullius et capitalisme cognitif », Multitudes, 2010, vol. 41, nᵒˢ 2, p. 66 ; D. Pestre, « La production des savoirs entre académies et marché - Une relecture historique du livre », art. cit ; D. Pestre, « Dix thèses sur les sciences, la recherche scientifique et le monde social, 1945-2010 », art. cit

[42] Dans les instituts de recherche publique, le terme de « transfert de technologies » est employé pour désigner la valorisation économique de connaissances issues de la recherche par le biais des brevets ou bien de protection de logiciels. Le CNRS propose par exemple des « services de partenariat et de valorisation » dont le but est d’accompagner des « technologies innovantes des premiers résultats probants jusqu’au marché ». Voir : http://www.cnrs.fr/paris-michel-ange/spip.php?article1380

[43] L. Boltanski et È. Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, op. cit

[44] Ibid.,

[45] Nicolas Belorgey, L’hôpital sous pression enquête sur le nouveau management public, Paris, La Découverte, 2010 ; Alain Desrosières, Pour Une Sociologie Historique de La Quantification, Paris, Presses de l’École des Mines, 2008 ; Florence Piron, « La production politique de l’indifférence dans le Nouveau management public », Anthropologie et Sociétés, 2003, vol. 27, nᵒˢ 3, p. 47‑71

[46] Bastiaan de Laat et Rémi Barré, « L’évolution Du Management de La Recherche Publique : Enjeux et Pistes d’action » dans Management de La Recherche : Enjeux et Perspectives, Louvain-La-Neuve, De Boeck Supérieur, 2007, p. 392

[47] David Pontille et Didier Torny, « Rendre publique l’évaluation des SHS : les controverses sur les listes de revues de l’AERES », Quaderni, 2012, nᵒˢ 77, p. 11‑24

[48] Martin Benninghoff, « “Publish Or Perish!”: La Fabrique Du Chercheur-Entrepreneur », Carnets de bord, 2011, vol. 17, nᵒˢ 1, p. 47‑58

[49] D. Pestre, « Dix thèses sur les sciences, la recherche scientifique et le monde social, 1945-2010 », art. cit

[50] Loïc Blondiaux, Le Nouvel Esprit de La Démocratie : Actualité de La Démocratie Participative, Paris, Seuil, 2008, 109 p ; Clément Mabi, Le Débat CNDP et Ses Publics à l’épreuve Du Numérique : Entre Espoirs d’inclusion et Contournement de La Critique Sociale, Université de Technologie de Compiègne, Compiègne, 2014

[51] Ibid.,

[52] M. Quet, Politiques du savoir. Une approche communicationnelle des rapports entre sciences, technologies et participation en France (1968 - 1983), op. cit

[53] S. Aykut et A. Dahan, Gouverner Le Climat ? 20 Ans de Négociations Climatiques, Paris, Presses de Sciences Po., 2015

[54] Ulrich Beck, Bruno Latour et Laure Bernardi, La Société Du Risque : Sur La Voie d’une Autre Modernité, Paris, Flammarion, 2008

[55] Juliette Rennes, « ‪Les controverses politiques et leurs frontières‪ », Études de communication, 2016, nᵒˢ 47, p. 21‑48

[56] Pour l’instant, je donne une définition succincte de la controverse, mais tout mon travail doctoral a été en partant de mon terrain d’enquête d’observer différentes configurations d’échanges et d’expressions de désaccords et, au fur et à mesure de revenir sur les différentes définitions qui en sont données et qui, comme le notent Igor Babou et Joëlle Le Marec, sont aussi liées à différentes conceptions même de l’espace public notamment portées par les chercheurs en sciences humaines et sociales. Voir : Joëlle Le Marec et Igor Babou, « La dimension communicationnelle des controverses, The communicational dimension of controversy », Hermès, La Revue, 2015, nᵒˢ 73, p. 111‑121

[57] D. Pestre, « Dix thèses sur les sciences, la recherche scientifique et le monde social, 1945-2010 », art. cit ; Francis Chateauraynaud et Didier Torny, Les Sombres Précurseurs: Une Sociologie Pragmatique de l’alerte et Du Risque, Paris, Ecole des hautes études en sciences sociales, 1999, 476 p

[58] Francis Chateauraynaud, « La contrainte argumentative. Les formes de l’argumentation entre cadres délibératifs et puissances d’expression politiques », Revue européenne des sciences sociales. European Journal of Social Sciences, 2007, nᵒˢ XLV-136, p. 129‑148

[59] J. Rennes, « ‪Les controverses politiques et leurs frontières‪ », art. cit

[60] J.L. Marec et I. Babou, « La dimension communicationnelle des controverses, The communicational dimension of controversy », art. cit

[61] Michel Callon, Pierre Lascoumes et Yannick Barthe, Agir dans un monde incertain essai sur la démocratie technique, Paris, Seuil, 2001

[62] Michel Callon, « Des Différentes Formes de Démocratie Technique », Annales des Mines, 1998, nᵒˢ 9, p. 63‑73

[63] C. Bonneuil et P.-B. Joly, « La fabrique conjointe des sciences et des sociétés », art. cit

[64] Madeleine Akrich, Michel Callon et Bruno Latour (eds.), Sociologie de la traduction : Textes fondateurs, Paris, Presses des Mines, 2013, 401 p. et plus particulièrement : Michel Callon, « Quatre Modèles Pour Décrire La Dynamique de La Science » dans Madeleine Akrich et Bruno Latour (eds.), Sociologie de La Traduction : Textes Fondateurs, Paris, Presses des Mines, 2013, p. 201‑251 ; Shirley Strum et Bruno Latour, « Redéfinir Le Lien Social : Des Babouins Aux Humains » dans Madeleine Akrich et Michel Callon (eds.), Sociologie de La Traduction : Textes Fondateurs, Paris, Presses des Mines, 2013, p. 71‑86

[65] David J. Hess, « Ethnography and the Development of Science and Technology Studies » dans Sage Handbook of Ethnography, Sage Publications., Thousand Oaks, Calif, Atkinson, Paul, 2001, p. 234‑245

[66] Ibid.,

[67] Donna Haraway, « Situated Knowledges: The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective », Feminist Studies, 1988, vol. 14, nᵒˢ 3, p. 575 ; Florence Piron, « Production de savoir et effets de pouvoir. Le cas de la délinquance des Autochtones au Canada », Anthropologie et Sociétés, 1994, vol. 18, nᵒˢ 1, p. 107 ; F. Piron, « Penser le plagiat pour mettre en lumière le cadre normatif du régime contemporain des savoirs scientifiques », art. cit

[68] Félicité Ringtoumda, Université Laval Groupe de recherche Femmes-Sahel et Florence Piron, Les Savoirs Des Femmes Au Sahe l: Vers Une Revalorisation Des Compétences Locales, Québec, Québec : Centre Sahel, 1994, 75 p.

[69] D.J. Hess, « Ethnography and the Development of Science and Technology Studies » art. cit

[70] Joëlle Le Marec, « Introduction : La recherche comme espace collectif et critique de réflexivité institutionnelle. » dans Les études de sciences : pour une réflexivité institutionnelle, Paris, Archives contemporaines, 2010, p.14. L’importance de l’expérimentation est mis également en avant avec le rôle des séminaires comme espaces même de construction des connaissances en sciences humaines et sociales

[71] L’expression « nouveau régime de la science et du numérique », que j’emploie dans le titre de la sous-section 2-3 est issue d’une publication académique questionnant l’évolution des sciences aujourd’hui avec le ‘numérique’ et l’importance que prend la notion d’open. Voir : Ghislaine Chartron, « Stratégie, politique et reformulation de l’open access », Revue française des sciences de l’information et de la communication, 2016, nᵒˢ 8

[72] cf. chapitre un et Dominique Boullier, Sociologie du numérique, Paris, Armand Colin, 2016, 383 p ; Benjamin Loveluck, La Liberté Par l’information. Généalogie Politique Du Libéralisme Informationnel et Des Formes de l’auto-Organisation Sur Internet,École des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Paris, 2012 ; Serge Proulx, « Penser Les Usages Des Technologies de l’information et de La Communication Aujourd’hui : Enjeux–Modèles–Tendances » dans Lise Vieira et Nathalie Pinède (eds.), Enjeux et Usages Des TIC: Aspects Sociaux et Culturels, Presses Universitaires de Bordeaux., Bordeaux, 2005, vol.1, p. 7‑20

[73] Christine L. Borgman, Scholarship in the digital age: Information, infrastructure, and the Internet, Cambridge, Mass. London, MIT Press, 2007, 336 p.

[74] Communication scientifique les nouveaux enjeux, Paris, Hermes : Lavoisier, 2009

[75] Joachim Schöpfel, « Introduction », Les Cahiers du numérique, 2009, vol. 5, nᵒˢ 2, p. 9‑14

[76] Joëlle Farchy (ed.), Sciences.com: libre accès et science ouverte, Paris, CNRS Éd, 2010, 239 p.

[77] Joëlle Farchy, Pascal Froissart et Cécile Méadel, « Introduction », Hermès, La Revue, 2010, nᵒˢ 57, p. 9‑12

[78] Ibid.,

[79] Gabriel Gallezot et Olivier LeDeuff, Chercheurs 2.0 ?, http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00396278/fr/ , 2009, (consulté le 19 novembre 2014)

[80] Le Web 2.0 est un terme qui a été employé pour désigner le passage d’un Web statique à un Web appelé également participatif ou social basé notamment sur des plateformes sous formes de réseaux sociaux facilitant la création, l’échange, la production de contenu et les possibilités de s’organiser en ligne. Voir : Florence Millerand, « Les imaginaires de la « science 2.0»: de l’idéal de la science ouverte au « marketing de soi », Communication. Information médias théories pratiques, 2015, vol. 33/2

[81] Ibid., ; Florence Millerand, Serge Proulx et Julien Rueff, Web Social: Mutation de la Communication, Québec, PUQ, 2010, 398 p

[82] Guylaine Beaudry, « La communication scientifique directe : un nouveau champ éditorial, Direct scientific communication : a new publishing field », Hermès, La Revue, 2010, nᵒˢ 57, p. 51‑57

[83] M. Benninghoff, « Publish or Perish!» », art. cit

[84] G. Gallezot et O. LeDeuff, « Chercheurs 2.0 ? », art. cit

[85] F. Millerand, « Les imaginaires de la « science 2.0 », art. cit

[86] La biologie avec le développement de la génétique et d’un flux d’informations « omiques » est prise pour exemple d’étude en STS pour montrer les transformations que cela engendre aussi bien dans la gestion et le stockage des données mais également dans le traitement des informations génétiques. Cela a impliqué aussi le développement de la biostatistique. Je n’aborde pas en détail cette littérature dans ma thèse mais j’y fais référence dans l’article rédigé conjointement avec Constance de Quatrebarbes. Voir : Célya Gruson-Daniel et Constance De Quatrebarbes, « Les Préparatifs d’un Hackathon Recherche : Au Coeur de La Fabrique Des Données », Sociologie et sociétés, à paraître (2018)

[87] Madeleine Akrich et Cécile Méadel, « De l’interaction à l’engagement : les collectifs électroniques, nouveaux militants de la santé, From Interaction to Activism: E-Health Communities », Hermès, La Revue, 2007, nᵒˢ 47, p. 145‑153

[88] Voir : https://www.zooniverse.org/

[89] Lorna Heaton et Florence Millerand, « La mise en base de données de matériaux de recherche en botanique et en écologie », Revue d’anthropologie des connaissances, 2013, vol. 7, nᵒˢ 4, p. 885‑913

[90] Patrice Flichy, Le Sacre de l’amateur: Sociologie Des Passions Ordinaires à l’ère Numérique, Paris, Seuil, 2010, 96 p ; Lorna Heaton, Florence Millerand et Serge Proulx, « Tela Botanica : une fertilisation croisée des amateurs et des experts », Hermès, La Revue, 2010, vol. 57, nᵒˢ 2, p. 61‑68

[91] Sous ce vocable de « science citoyenne », une diversité d’initiatives sont regroupées avec un gradient même concernant la participation. Dans certains projets, les nouvelles venues représentent une puissance de calcul complémentaire pour analyser des données, d’autres projets quant à eux intègrent et prennent en considération les savoirs expérientiels, traditionnels des autres sphères avant même l’émergence d’un projet de recherche. L’interview de Florence Piron pour le MOOC Numérique et recherche en santé et sciences du vivant que j’ai coordonné revient plus en détail sur la présentation de ce gradient. Voir : Ouvrir Le Processus de Recherche : Des Sciences Citoyennes à La Recherche Participative S7 (MOOCSciNum), Québec, Centre Virchow-Villermé, 2015

[92] Fabien Granjon, Mobilisations numériques : Politiques du conflit et technologies médiatiques, Paris, Presses des Mines, 2017, 215 p.

[93] Jean-Christophe Plantin, Les Pratiques de Cartographie Numérique En Ligne : Expression, Remédiation, Circulation, Université de Technologie de Compiègne, Compiègne, 2012

[94] Je ne fais que mentionner les croisements entre sciences, technologies numériques et arts. Je n’expose pas plus en détail dans le cadre de ce document le développement de laboratoires scientifiques citoyens en dehors des cadres institutionnels de la recherche. Plusieurs études en STS commencent depuis 2010 à explorer la thématique de la « biologie de garage » ou du biohacking tout autant que le rôle de nouveaux acteurs impliqués dans la transmission et la diffusion des connaissances. C’est également une thématique dans laquelle je suis impliquée avec l’association HackYourPhD et qui représente un terrain d’étude dans une approche, que j’associe à de la recherche-action participative. La Paillasse est par exemple un des laboratoires citoyens avec qui HackYourPhD évolue depuis sa création en 2013. Le livre HackYourPhD Portraits de jeunes chercheurs de la génération #OpenScience publié en 2016 illustre d’autres initiatives de makerspaces ou hackerspaces intégrant des travaux de recherche. Voir : Morgan Meyer, « Les courtiers du savoir, nouveaux intermédiaires de la science », Hermès, La Revue, 2010, vol. 57, nᵒˢ 2, p. 165‑171 ; Morgan Meyer, « Bricoler, domestiquer et contourner la science : l’essor de la biologie de garage », Réseaux, 2012, vol. 173-174, nᵒˢ 3, p. 303‑328

[95] J. Farchy, P. Froissart et C. Méadel, « Introduction », art. cit

[96] Bernard Rentier, « Chercheurs, vos papiers ! Les dépôts institutionnels obligatoires », Hermès, La Revue, 2010, nᵒˢ 57, p. 107‑108

[97] Pierre Mounier, « Le libre accès : entre idéal et nécessité », Hermès, La Revue, 2010, nᵒˢ 57, p. 23‑30

[98] Syndicat national de l’édition, « Le point de vue du Syndicat national de l’édition », Hermès, La Revue, 2010, nᵒˢ 57, p. 173‑175

[99] Danièle Bourcier, « Science commons : nouvelles règles, nouvelles pratiques », Hermès, La Revue, 2013, nᵒˢ 57, p. 153‑160

[100] Benedikt Fecher et Sascha Friesike, « Open Science: One Term, Five Schools of Thought » dans Sönke Bartling et Sascha Friesike (eds.), Opening Science, Cham, Springer International Publishing, 2014, p. 17‑47

[101] G. Chartron, « Stratégie, politique et reformulation de l’open access », art. cit

[102] Ibid.,

[103] L’article « Stratégie, politique et reformulation de l’open access » a toute son importance car il est publié à la suite des débats à l’œuvre lors de la consultation République numérique, terrain principal de ma recherche. L’article fait partie du corpus de texte analysé.

[104] M. Gibbons, The New Production of Knowledge, op. cit

[105] D. Pestre, Science, argent et politique, op. cit

[106] M. Gibbons, The New Production of Knowledge, op. cit ; D. Pestre, « La production des savoirs entre académies et marché - Une relecture historique du livre », art. cit

[107] Ibid., p.164

[108] D. Pestre, Science, argent et politique, op. cit p.36

[109] L. Boltanski et È. Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, op. cit


INTRODUCTION DE LA DEUXIÈME PARTIE

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